Histoire du 1er mai

Bouquet de brin de muguet, 1er mai ©Bouquet

Mais pourquoi le 1er mai est-il férié ?

Le jour du 1ᵉʳ mai est férié. Les écoles sont fermées et les salariés peuvent rester chez eux tout en étant payés. Ce jour-là, traditionnellement, les travailleurs, syndicats et associations défilent dans les rues pour défendre leurs revendications sociales.

Mais pourquoi ces manifestations ont-elles spécialement lieu le 1er mai et quel est le rapport avec le brin de muguet ?
Découvrez l’histoire du 1er mai !

Les origines américaines de la fête du travail :

Aux États-Unis, le premier mai correspond au premier jour de l’année comptable dans les entreprises.
À cette date, les patrons clôturent les contrats de travail de leurs employés, entraînant le déménagement de nombreux travailleurs qui rapprochent de leur nouveau lieu de travail ou pour leur mutation.
C’est ainsi que le 1er mai est surnommé « moving day » !

Le « moving day » 1886

Pour réclamer une journée de 8 heures de travail, les syndicats américains appellent les travailleurs à se mobiliser lors d’une manifestation, le 1ᵉʳ mai 1886.
À cette date, 300 000 travailleurs américains se réunissent et manifestent dans tout le pays. Les patrons s’opposent à cette mesure et le mouvement s’éternise, dans un climat très houleux.

Deux jours plus tard, à Chicago, trois grévistes de la société McCormick Harvester trouvent la mort face à des tirs de la police.
En représailles, les manifestants affrontent les forces de l’ordre et lancent contre eux une bombe. L’explosion touche la foule et les policiers, cause la mort de onze ouvriers et blesse des centaines de manifestants.

Massacre de Haymarket-Square, Chicago, US ©Harper's Weekly
Massacre de Haymarket-Square, Chicago, US ©Harper’s Weekly

Des États-Unis d’Amérique à la France

Ces revendications trouvent un écho sur le Vieux continent et particulièrement en France.

Bannière de la journée de huit heures, Melbourne, 1856 "8 heures de travail, 8 heures de loisirs, 8 heures de repos"
Bannière de la journée de huit heures, Melbourne, 1856 « 8 heures de travail, 8 heures de loisirs, 8 heures de repos »

En effet, en juillet 1889, à l’occasion du centenaire de la Révolution française, la IIe Internationale socialiste à Paris se réunit, sous l’égide de Jules Guesde. À cette occasion, il fonde la « Journée internationale des travailleurs », destinée devenir un jour de manifestations.

Pour cette circonstance, les manifestants portent un triangle rouge, symbole de leur triple revendication pour un rythme de vie plus juste : 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisir.

Par la suite, le mouvement organise, en mai 1890, une première journée de manifestation. C’est un succès : le mouvement est suivi par de nombreux manifestants à travers toute la France ! Cependant, le gouvernement de la IIIe République ne donne pas gain de cause au mouvement ouvrier.

De la manifestation à la répression :

Au cours des années suivantes, les autorités répriment durement certaines manifestations et tournent au drame.

Le drame de Fourmies, dans le Nord

À Fourmies, ville industrielle du Nord de la France, la manifestation du 1er mai 1891, se transforme en une tragédie. À la suite des harangues de Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, les ouvriers de la ville défilent dans la rue pour revendiquer la journée de travail à huit heures.

Deux régiments de l’armée ouvrent le feu sur les ouvriers, provoquant la mort d’une dizaine de manifestants dont deux enfants ! Neufs ouvriers sont emprisonnés pour entrave à la liberté de travail.

La presse relaie est largement ce drame, présentant les manifestants comme des héros martyrs. Il marque durablement la mémoire locale et nationale. Le combat des ouvriers reste pourtant lettre morte après cet épisode tragique.

Une du Journal le Petit Parisien, Évènement de Fourmies, 1891©E.GLAIR Guyot
Une du Journal Le Petit Parisien, Évènement de Fourmies, 1891©E.GLAIR Guyot

XXe siècle de la manifestation à l’institutionnalisation de la fête du travail

Après des années de luttes politiques et syndicales, le Parlement français inscrit finalement la journée de huit heures dans le Code du travail en avril 1919. Pour célébrer cette victoire, le 1er mai suivant est chômé, mais cette fête n’est pas instituée officiellement.

C’est le maréchal Pétain, président du Conseil du régime de Vichy, qui instaure, en 1941, la « Fête du travail et de la Concorde sociale ». Cette dénomination fait référence à la devise du régime : « Travail, Famille, Patrie ».

À la Libération, le gouvernement abandonne cette fête avant de la réinstaurer en 1946 puis instituer comme un jour férié, chômé et payé par la loi du 29 avril 1948. 

Aujourd’hui, la fête du Travail est un jour chômé dans la quasi-totalité des pays du monde. Que ce soit en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas ou en Afrique du Sud, en passant pas le Japon, la Russie, mais aussi en Amérique latine.

Néanmoins, les Américains ne célèbrent pas le Labor Day le 1er mai, mais le premier lundi de septembre.

Offrir un brin de muguet le 1ᵉʳ mai, mais pourquoi ?

Fleur de muguet, ©Nennieinszweidrei
Fleur de muguet, ©Nennieinszweidrei

Il est de coutume d’offrir à ses proches des brins de muguet le premier mai. Savez-vous d’où vient cette tradition ?

Dès l’Antiquité, la fleur de muguet est un symbole de pureté et de bonheur. Dans la mythologie grecque, c’est Apollon, dieu du Soleil et des Arts qui aurait créé le muguet. Il tapisse le sol de ces fleurs afin que ses muses ne s’abîment pas les pieds.

Une tradition royale et républicaine

Sous l’Ancien Régime, le 1er mai est associé à la fête de l’amour. Les princes et les seigneurs fabriquent des couronnes de fleurs pour les offrir à leur bien-aimée.

Le 1ᵉʳ mai 1561, Charles IX se voit offrir un brin de muguet lors d’une visite dans le Dauphiné. Le roi apprécie grandement ce geste et décide de le reproduire. Chaque printemps, il prend l’habitude d’offrir un brin de muguet aux dames de sa cour, en signe de porte-bonheur.

Cette tradition d’offrir un brin de muguet lors du premier mai perdure après la mort du roi et gagne même les milieux populaires.

Portrait de Charles IX, roi de France, François Clouet
Portrait de Charles IX, roi de France, François Clouet

Au cours de la période révolutionnaire, le muguet reste un symbole. Toutefois, pour rompre avec la période monarchique, les brins s’offrent le 26 avril ou le 7 floréal du calendrier républicain pensé par Fabre d’Églantine en 1793.

XIXe-XXe : le retour en grâce du muguet

De la fleur d’églantine au retour du muguet : des fleurs politiques

Fabre d'Églantine avec l'églantine d'argent © Didier Descouens
Fabre d’Églantine avec l’églantine d’argent © Didier Descouens

Au cours du XIXe siècle, la fleur de muguet, trop proche du mauvais souvenir de la monarchie, est abandonnée au profit de la fleur d’églantine.

De couleur rouge, cette fleur fait d’une part référence à Fabre d’Églantine, l’inventeur du calendrier révolutionnaire. D’autre part, elle est le symbole du sang versé par les victimes de la fusillade de Fourmies en 1891.

C’est le maréchal Pétain qui, en 1941, décide que le muguet serait le symbole de la fête du travail à la place de l’églantine rouge, fleur dont la couleur renvoie à la gauche et au communisme.

Une fleur prisée par le monde des artistes…

Lors de sa venue à Paris le 1er mai 1895, le chansonnier Félix Mayol reçoit de la part de son amie Jenny Cook un brin de muguet.

Il accroche la fleur à sa veste pour son concert le soir même. La fleur connait alors un grand succès et le chanteur en fait son symbole.

Photographie du chansonnier Félix Mayol ©Studio-Harcourt
Photographie du chansonnier Félix Mayol ©Studio-Harcourt

Le monde de la mode s’empare aussi de cette jolie fleur blanche. Par exemple, couturier Christian Dior, qui apprécie le doux parfum du muguet, choisit d’en faire l’emblème de sa maison de couture. À son tour, Christian Dior offre, chaque premier mai, un brin de muguet à ses employées ainsi qu’à ses clientes.

…et le monde populaire

Albert Sarraut, président du Conseil, achetant un brin de muguet le 1er mai 1936 ©Agence de presse Meurisse
Albert Sarraut, président du Conseil, achetant un brin de muguet le 1er mai 1936 ©Agence de presse Meurisse

La traditionnelle vente, dans les rues, de brins de muguet, débute à Nantes dans les années 1930. Cette pratique s’étend progressivement dans l’ensemble du pays.

Les autorités, tolérantes, acceptent qu’en ce jour de fête, toute personne qui le souhaite puisse vendre librement des brins de muguet sur la voie publique. Toutefois, la seule contrainte pour ces particuliers, marchands d’un jour, est de respecter une certaine distance avec les devantures des fleuristes !

Il est possible de cultiver du muguet dans l’ombre de son jardin. Mais prenez garde, le muguet est une plante toxique, voire mortelle !

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